Lundi 16 août 2010 1 16 /08 /Août /2010 16:41

Je ne continue pas, je ne recommence pas non plus. Un nouveau blog peut-être différent, qui ressemble sans doute un peu à celui-ci. Allez jeter un oeil : http://le-ballon-de-derriere.over-blog.com/

Bonne lecture à tous !

Par enragé
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Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 01:15

Mon grand père est un très vieil homme. Depuis quelques jours, il a plus de mille ans. Ma grand-mère trouve dommage qu'à cet âge-là il perde encore son temps à regarder le football à la télévision. Non qu'elle pense qu'il est proche de mourir et qu'il y aurait mieux pour passer son dernier temps, mais il a mieux à faire, sans doute. Non qu'il regarde beaucoup le football, mais il a suivi la coupe du monde comme un affamé.

 

Il a vu tous les matchs. Il attendait chacun d'eux avec impatience. Depuis quelques mois il maîtrise l'outil internet. Parfois, je lui téléphone pour avoir de ses nouvelles et sa voix enjouée me répond : "Je surfe !" Il regarde sur youtube des extraits de vieux matchs de foot. Il connaît aussi par coeur les différents sites d'information sportive sur lesquels il tue le temps entre deux matchs.

 

Cet après-midi, il a regardé une émission sur Canal+, La Plus belle des finales. Ca ne lui a pas plu, je crois. Il était content que je voie avec lui tous les buts marqués en finale de coupe du monde, mais il trouvait le montage hâtif et bâclé. Il n'a pas réussi à s'asseoir dans le fond du fauteuil, à s'adosser à un coussin. Il est resté un peu penché en avant, s'appuyant sur sa canne dont il caressait nerveusement le pommeau. De temps en temps il me jetait un coin d'oeil coupable. Ce regard s'excusait de ce que tout cela ne fût rien en comparaison avec ce qu'il m'avait raconté à maintes reprises. Mais pouvais-je moins croire mon grand-père que la télévision ?

 

Ensuite, ce fut le match. Mon grand-père s'est assis confortablement au fond du canapé. Il n'a pas dit un mot de toute la rencontre. Il s'est abstenu de tout commentaire à la mi-temps et avant la prolongation. J'ai vu petit à petit son visage se fermer. Il n'était ni pour les uns ni pour les autres. Pour une fois il regardait le match sans passion. Il aurait voulu qu'il n'y ait pas de vainqueur.

 

Il y a deux jours, je l'avais entendu dire : "Déjà en 2002, c'était trop." Il faut savoir que mon grand-père confond les dates : Je suis à peu près certain que dans son idée, la coupe du monde en Allemagne a eu lieu avant la coupe du monde en Corée. En un sens, il a peut-être raison. J'ai compris, à sa réaction en voyant le feu d'artifice et les jets de confettis officiels, que pour lui le football était entré dans une ère qu'il n'aurait jamais dû connaître. La remise des récompenses et les scènes de liesse n'ont eu aucune influence sur le visage de mon grand-père. A un moment il s'est simplement levé en murmurant : "J'en ai assez vu." Mais cela signifiait : "Ce n'est plus la même chose." Peut-être, effectivement, qu'il n'y a plus beaucoup de football. Peut-être n'est-ce pas bon signe que les simulations de football sur consoles de jeux soient si proches plastiquement de la réalité - ou vice versa.

 

Une nuit, en rêve, il a disserté sur les messies des grandes équipes. Il bredouillait des noms, Maradona, Garrincha, et concluait toujours : "non, non, pas un messie, vous délirez !" Ma grand-mère, qui écoute toujours ses rêves avec la plus grande attention, a dit qu'il avait butté sur Zidane - "but, tête, retour, mort" était le schème de son délire - mais il conclut encore : "Non, non, vous délirez !" Et au matin il fut bouleversé de s'entendre dire : "Il n'y a jamais eu de messie." Et d'ajouter, anéanti : "Et désormais il ne pourra plus y en avoir."

 

Contrairement à d'habitude, il a éteint lui-même la télévision - dernier caprice de vieillard. Puis il s'est repenti et en me regardant : "Tu fais comme tu veux. Pour moi, tout est achevé." Il est allé se coucher. Cette nuit, il ne va pas rêver de football. Il n'en rêvera plus jamais.

 

 

C'était donc la finale.

Pays-Bas 0 - Espagne 1

(Bande-son : The Doors, "The End")

 

La coupe du monde est finie. Le blog aussi doit s'arrêter.

Je continuerai de lire vos rares commentaires et d'y répondre, après quelques jours de vacances.

Je vous remercie de m'avoir lu, merci pour les encouragements.

J'espère que les textes vous ont apporté quelque chose - si c'est dix secondes de rire ou un froncement de sourcil, j'en suis enchanté.

A la prochaine. Merci encore.

Par enragé - Publié dans : Mon grand-père
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Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /Juil /2010 18:22

Le dernier match de football, c'était hier. Un bon match. Cinqu buts, on n'a pas vu ça souvent, ce mois-ci.

Uruguay 2 - Allemagne 3

(Bande-son : Queen, "We are the champions")

 

Ce soir ? Du football ? Non, ce soir c'est autre chose ! A moins que...

Par enragé - Publié dans : Match
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Samedi 10 juillet 2010 6 10 /07 /Juil /2010 19:40

"Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé,

Le Prince du Sifflet, le Carton en Furie,

Ma vocation est morte - mon maillot bariolé

Reflète les langueurs de ma Mélancolie.

 

Après ces matchs pourris, toi qui m'as tant hué,

Reconnais les mérites de ma litanie :

Les sanctions à tout-va, les bons joueurs expulsés,

Les décrets partiaux créent de la tragédie !

 

Suis-je un dieu ou un homme ? Suis-je Lahm ou Veron ?

Je me rêvais joueur, je les mène à l'arène.

Je suis le seul héros, la conscience sereine :

 

Mon front est rouge encor de la lueur des cartons

- Modulant en artiste les déculottées

Justement appliquées sur des fesses dorées."

 

Cent cinquante ans déjà que Gérard de N. dans les Rondelles chante le difficile métier d'arbitre de football, et ce n'est qu'aujourd'hui que la FIFA a enfin décidé de vanter les mérites de ces hommes passés il y a quinze ans déjà du noir à la couleur.

 

Nous apprenons aujourd'hui que 96% des décisions arbitrales lors de la coupe du monde étaient de bonnes décisions.

 

Nous apprenons qu'il n'y a jamais eu aussi peu de cartons et de blessures.

 

Nous savions déjà qu'il n'y avait jamais eu aussi peu de buts, que nous ne nous étions jamais autant ennuyés lors d'une coupe du monde. A quoi nous est-il répondu que c'est la faute des joueurs, pires que les arbitres, puisqu'ils n'ont réussi que 60% des tirs au but !

 

Un argument fort, donc, contre l'usage de la vidéo : plus on retire de responsabilités aux arbitres, plus on se prive de leurs indéniables qualités.

 

Alors, faudrait-il augmenter le nombre d'arbitres dans la surface de réparation ? Ca ne servirait à rien, puisque ces incapables de joueurs manqueraient les pénaltys accordés.

 

Et si les arbitres eux-mêmes tiraient les pénaltys ? Proposition intéressante, poursuivez.

 

Voilà, s'ils arbitrent si bien, c'est qu'ils connaissent le football mieux que personne. Donc ils doivent être plus performants (et sans aucun doute moins chers). Donc il faut les laisser jouer. Et nous aurons alors un football fairplay, propre, digne, beau, péchu...

 

Le kif, quoi, comme dirait Nico ! Mais, s'inquiète Hugo, nous on fait quoi ? Bah, t'es con ou quoi, répond Yoyo : on fait grève !

 

Espérons que, pour la coupe du monde au Brésil, Roberto, Ronaldo, Gilberto, Lucio, Robinho et conso ne se laisseront pas faire... Messi ? Mais no !

Par enragé - Publié dans : Jeu
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Vendredi 9 juillet 2010 5 09 /07 /Juil /2010 18:12

La Reine était une femme superbe, désirée de tous. La femme finale, celle pour laquelle on mourrait de folie dans le froid des pôles ou la torpeur des Caraïbes. Une belle mulâtre aux ongles peints, aux cheveux parfumés. Sa peau très brune glissait vers le clair-blond ou le noir-ébène sous les regards de feu de ses prétendants. Elle devait se donner un dimanche soir, fille du Seigneur. Mais du destin elle avait obtenu qu'il se pliât au choix qu'elle ferait.

 

  Sensuelle, vautrée sur son piédestal, tellement sûre de ses adorateurs qu'elle concevait même un vague dégoût, à leur endroit, elle observait ces jeunes hommes lui présenter leurs charmes. Certains avaient cru qu'il suffirait d'une solide réputation pour l'emporter. D'autres qu'une coiffure ou qu'un profil de mannequin pour shampooing la ferait succomber. On vit quelques prêtres et fous de Dieu se jeter à genoux, le chapelet serré dans le poing. Ils manquaient tous de souffle, de force et de grandeur, et s'évaporèrent sous son regard amusé. Elle en remarqua deux en particulier qui la charmèrent également.

 

Le premier venait du Nord. Il était grand, il était fort. Sur son visage on lisait l'expérience de ces chasses incertaines. Les femmes qui le croisaient le trouvaient beau de la beauté adulte des brigands. Elles l'imaginaient dans ses forêts, dans ses montagnes, terré dans son repère, guettant sa proie sur laquelle il se jetait d'un seul coup, frappant où il fallait quand il le fallait. Il était tout muscles, à peine gros, à peine lourd. Il emportait toujours ses prisonnières, muet face à leurs cris, sûr de les transformer de cris de terreur en cris de plaisir. Il les couchait nues et les possédait fougueusement, savamment, avec la force des chevaliers croisés face aux soleils d'Orient. Ses gestes étaient mesurés, il ne tremblait jamais. Il s'attardait sur les seins et les fesses, passait ses doigts certains le long des cuisses, le long des bras, les nuques chaviraient et les dos se cambraient sous l'assaut assuré de ses baisers. Il prenait un malin plaisir à revenir par trois et quatre fois à l'antre du diable vaincu.

 

Le second venait du sud. Elle l'avait remarqué pour sa laideur de déséquilibré nerveux. Il avait une pointe superbe, d'un bellâtre assurément, mais rechignait à s'en servir. Les courtisanes racontaient en ricanant les heures passées en caresses redoublées, en avances aussitôt réfrénées. C'étaient tantôt des débordements fougueux qui s'arrêtaient brusquement à la vue d'un sein et reculaient, apeurés, pour mieux revenir par le dos ou la main ; tantôt des baisers naïfs, des langues trop chastes, qui préféraient cent fois passer sur un même téton que caresser un ventre, découvrir une fesse, pénétrer un nombril. Les unes évoquaient un amant trop affectif, qui endormait à force de préliminaires, et elles n'auraient su dire si ces langueurs devaient les préparer, elles, à recevoir l'offrande ou le préparer, lui, à perdre son pucelage. D'autres, en effet, parlaient d'un puceau timoré, sûr de sa technique indéniable mais qui ne supportait pas l'idée de jouir : ainsi quand par chance il allait jusqu'au bout, il recommençait aussitôt ses millions de milliards de minauderies, de mots doux énervés par la sueur, comme pour oublier le péché consommé et ne surtout pas le répéter. Angoissé à l'idée de jouir, il ne prenait de plaisir que dans la possibilité de la jouissance.

 

La Reine hésita. Qui choisir de ces deux automates jouant sans passion leurs gammes infinies ? Elle décida d'une confrontation.  Le face-à-face des premiers de la classe, des forts en anatomie. Un corps logique contre un corps pathologique. L'Espagne alors défia l'Allemagne.

 

Les Allemands étaient fatigués par leurs rapines héroïques, par les prisonnières abandonnées à leurs étreintes. Ils mirent un genou à terre, croyant ainsi recouvrer force et honneur, et frapper une fois pour de bon. Mais s'ils baissaient la tête, c'était d'ahurissement, et un sourire incrédule peu à peu se dessina sur leurs lèvres : comment ont-ils pu se laisser ainsi berner, endormir, énerver, au point de craquer ? Car en face, la sérénade du serpent de flûte est rodée - passer, repasser, redoubler les passes, échanger les places, retourner en rond, trottiner, tracasser, ne pas se précipiter, oublier le but, feindre la nonchalance, chambrer le vin, faire mijoter à point. Non point un livre mais une encyclopédie de la cuisine sortie de la panse de Del Bosque.

 

Privés de ballon, les Allemands l'oublièrent. Eux qui jouaient pour marquer, qui mangeaient pour se nourrir, qui aimaient pour jouir d'un seul coup étaient empâtés, poussifs, hypnotisés, indolents. Les caresses, à force de pressions infimes, avaient tué leur sens du but quand la seule occasion se présenta : une frappe trop molle qui fut l'illusion vite dissipée d'un possible bonheur. Habitués aux femmes tempérées, entières, prêtes, empressées, économes, ils ne surent pas prendre celui qui ne se donnait pas, qui confisquait le plaisir au risque de le gâcher. Car l'amant espagnol avait encore réussi à séduire son adversaire par ses interminables coquetteries, et finalement avait conclu de la tête.

 

Ce ne fut pas encore le ciel pour le héros ibérique, qui se rêvait déjà en prince des poètes, en héraut de la passe. Sur la dernière marche l'attend un dernier adversaire, un habitué, un professionnel, moins nerveux, plus posé mais aussi bouillant que lui de lever haut vers le ciel,  au milieu d'un délire de cris, tendu d'extase, le trophée surmonté du globe mondial, obscur objet de leur désir.

Par enragé - Publié dans : Erotisme
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