Meurtre en V majeur. (Deuxième partie)

Publié le par enragé

Herr Z. ne quitta pas sa place au coup de sifflet final. Il resta dans la tribune de longues minutes à se délecter de la victoire de ses compatriotes. Il était fier de ces grands gars qui avaient passé quatre buts à ces autres grands gars. Quatre buts, dans une compétition minée jusque là par les matchs nuls, les victoires étriquées, les attaquants stériles : "Der Panache ! Comme dissent les Français !" Il se tenait debout au milieu des journalistes absorbés dans les ordinateurs à écrire leurs articles, leurs enthousiasmes, leurs critiques, il les dominait de son regard réjoui. Même les journalistes allemands, remarquables par leur sourire un peu plus grand que les autres, il ne pouvait s'empêcher de les mépriser un peu : d'abord, parce qu'il est de bon ton de mépriser les journalistes ; ensuite parce qu'il avait le sentiment d'un devoir accompli un peu grâce à lui.

 

Il se souvenait de la veille, dans l'après-midi, quand un appel important lui fut mystérieusement transmis par sa secrétaire. La conversation eut lieu en allemand : "Herr Z. ? - Lui-même. - Le fabriquant de V. ? - En effet. - N'avez-vous jamais voulu jouer un rôle important dans l'Histoire ? - Aber natürlich (sic) ! - Alors vous êtes notre homme. La coupe du monde, et même plus, le football lui-même et le continent africain sont en danger. L'ambiance dans les tribunes est catastrophique et influe irrémédiablement sur les matchs. Je n'ai pas honte de le dire, ce début de compétition est soporifique. - Ach, ja (sic), soporifique. Mais qu'y puis-je ? Was kann ich tun (sic) ? - Avez-vous entendu parler de Wernher von B.? - Bien sûr, l'inventeur du V2. - Il avait un frère, plus jeune, Gerhard von B., qui émigra en Afrique du Sud. Il mit au point le V4, un instrument de musique (sic) permettant d'endormir les moustiques. Une arme effroyable dans la lutte contre le paludisme. Cette arme se répandit dans le peuple sous le nom de "vuvuzela", contraction de l'expression "Souffle-souffle, la mouche qui pique s'endort sur ton bras et tu l'écrases avec le gros doigt". - J'avais entendu parler de cette histoire, je croyais que c'était eine Legende (sic). - Nein, pardon, non, c'est une histoire vraie. - Que puis-je faire pour vous ? - D'après le journal de von B., les moustiques ne sont pas les seuls à souffrir du bruit émis par le V. L'homme aussi, et nous avons de bonnes raisons de suspecter le V. d'être à l'origine de la mauvaise qualité des matchs. Le grand scientifique de votre nation remarque par ailleurs qu'un homme sur-entrainé, en condition de stress élevé, ainsi que nos footballeurs pendant les matchs, pourrait résister plus facilement à une charge de 100 décibels que... - J'ai compris. La légende raconte que la mauvaise qualités des instruments sudafricains pousse le bruit du V jusqu'à 130 décibels, alors que les nôtres, made in Germany, ja ? (sic) montent difficilement jusqu'à 100. Vous voudriez interdire les autochtones et faire de mon entreprise votre fournisseur et... - ...Et sauver notre compétition."

 

"Mais dites-moi, pourquoi vous aiderais-je, monsieur B. ? - Vous m'avez reconnu, Herr Z., votre ouïe est aussi développée qu'on le dit, je vous félicite. Eh bien, je vous propose de commencer votre action humanitaire par le match Allemagne-Australie de demain. Sans parler d'un mois aux frais de la F. en Afrique du Sud. Et bien sûr, un contrat  d'exclusivité dont vous n'aurez pas à vous plaindre."  Et caetera.

 

C'était la veille, et maintenant il était là. Il avait rassemblé ses instruments, préparé les futurs envois, fait sa valise, et était parti. Une nouvelle fois la communauté internationale faisait appel à la technologie allemande pour sauver l'Humanité de la barbarie.

Il n'était pas si naïf, les quelques instruments distribués avant le match n'avait pas pu faire la différence à eux seuls, la qualité de l'équipe y était pour beaucoup. Mais quand même : son ouïe surdéveloppée et l'inconscient des joueurs sur le terrain avaient ressenti le changement. Le vent avait tourné.

 

(à suivre)

 

Il y avait du football, hier, que j'ai regardé pour vous du coin de mon sommeil.

 

Pays-Bas 2 - Danemark 0

On attendait beaucoup les Pays-Bas, peut-être pas autant Simon Poulsen.

Bande-son : Peter Tosh, "Bush doctor".

 

Japon 1 - Cameroun 0

On attendait beaucoup le Cameroun, peut-être pas autant les Japonais.

Bande-son : Bob Marley, "Weed".

 

Italie 1 - Paraguay 1

On ne savait pas trop qui attendre, entre le décevant champion en titre et la surprise sudaméricaine. Alors on a fait match nul.

Bande-son : Eric Clapton, "Cocaine".

Publié dans Polar

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