Meurtre en V majeur. (Sixième et dernière partie)

Publié le par enragé

D.D. n'était pas dans sa chambre, les deux policiers le trouvèrent dans la suite de monsieur B. qui parut un peu étonné de leur visite. Le commissaire exposa les faits. L'affaire était réglée, on pouvait être tranquille. Monsieur B. annonça qu'il avait été mis au courant par la police aussitôt et qu'un communiqué de presse était prêt. "Monsieur B., je ne voudrais pas être indiscret mais... pourrais-je le lire sans attendre sa publication demain ? - Bien sûr, C., si ça vous intéresse. Commissaire, je ne vous retiens pas, nous raccompagnerons notre hôte américain. Félicitations pour votre enquête : rapide et décisive, comme toujours." Et il ajouta doucement : "Vous retirerez vos places demain matin à la réception. Au revoir !" Le commissaire se retira, accompagné du directeur de la communication.

 

"Eh bien, inspecteur, comment trouvez-vous l'Afrique du Sud ? - C'est très joli. Et la compétition est réussie. - Ca manque un peu de spectacle, non ? - Peut-être. Vous savez, je suis plus habitué au football américain ou au baseball, ici tout est nouveau pour moi. - Quoi qu'il en soit, ça ira mieux, maintenant. - Ah bon ? Pourquoi? - Enfin... je veux dire... il faut toujours que la compétition se lance. - Ah... Ma femme est très contente d'être ici. - Vous êtes avec votre femme ? C'est... peu commun. - Ah non ! Je ne quitterais pas le pays sans ma femme. Nous avons gagné le voyage à un tirage au sort, une sorte de lotterie. C'est elle qui nous avait inscrits : mon neveu travaille chez les L.A.G., il est équipementier. Lui n'avait pas le droit de jouer, alors il nous a refilé le tuyau. Dites-donc, c'est une belle chambre, ça. C'est une suite ? - En effet. - Ca doit valoir cher... Je peux voir le... ? - Tenez."

 

"Mesdames, Messieurs, chers amoureux du football, un malheur s'est abattu cette nuit sur chacun d'entre nous. Le futur fournisseur officiel de V., pour le grand événement qui nous réunit, un industriel allemand, a été retrouvé mort dans sa chambre. Le motif du crime est justement la trompette traditionnelle sudafricaine. Vous savez que j'ai toujours veillé au respect des traditions des pays organisateurs. Néanmoins, dans ces conditions, je me vois obligé d'interdire l'entrée de ces instruments dans les stades. Les autorités locales veilleront aussi  à ce que seuls les instruments de notre production soient mis en vente : ils sont absolument inoffensifs à tout point de vue. Dans l'espoir que ne se reproduise plus ce genre d'incident, et que la coupe du monde F. 2010 trouve enfin le chemin des buts, je vous remercie."

 

"Une mesure obligatoire, vous comprenez. - Oui, la goutte d'eau qui fait déborder le vase. - On peut le voir comme ça."

 

C. s'approcha de son interlocuteur et, posant délicatement sa main sur son avant-bras, se mit à le regarder fixement : "Ne donnez pas votre conférence de presse, monsieur B. Je vais vous parler franchement. Je ne suis pas ici dans le cadre de mon travail, je suis seulement curieux de voir comment travaillent mes lointains collègues. Par ailleurs, je serais gêné, comme tout le monde, si un scandale se déclarait. - Je ne vous suis pas, monsieur C. - Voyez-vous, le commissaire m'a confié qu'il avait des soupçons. Il pense que le groom n'a pas agi pour soi-même, il pense que le meurtre est une commande. - C'est grossier. - Peut-être. Mais cela se défend. - Porte-t-il des soupçons sur une personne en particulier ? - Il ne me l'a pas dit. Mais je sais qu'il cherche les mobiles. A qui profiterait le plus ce crime. Trop d'indices prouvent la préméditation, le groom ne pouvait avoir tout organisé : il y a douze heures il ne connaissait pas la victime. Mais quelqu'un aurait pu le lui indiquer. Quelqu'un qui, pour une raison ou une autre... - ... profiterait de la disparition de cet industriel. Je vois. Mais, le rapport avec mon communiqué ? - Oh, je ne sais pas. Pour moi, il n'y a pas de lien. Mais ce policier... A situation extraordinaire, imagination hors du commun. - Peut-être. - Il se fait tard, monsieur B., ma femme va s'inquiéter."

 

Il partit.

 

Le lendemain matin, D.D. communiqua à la presse un texte qu'il n'avait pas rédigé. Le voici :

"Mesdames, Messieurs, chers amoureux du football, un malheur s'est abattu cette nuit sur chacun d'entre nous. Le futur fournisseur officiel de V., pour le grand événement qui nous réunit, un industriel allemand, a été retrouvé mort dans sa chambre. Le motif du crime est justement la trompette traditionnelle sudafricaine. Vous savez que j'ai toujours veillé au respect des traditions des pays organisateurs, ainsi qu'au profit économique que nous leur apportions. Néanmoins, dans ces conditions, je me vois obligé de demander aux autorités locales de veiller à ce que seuls les instruments officiels portant la mention Coupe du monde de la F. Afrique du Sud 2010 soient mis en vente : ils sont inoffensifs à tout point de vue. Le profit engendré par cette vente sera reversé aux différentes fanfares populaires du pays. Dans l'espoir que ne se reproduise plus ce genre d'incident, et que la coupe du monde F. 2010 trouve enfin le chemin des buts, je vous remercie."

 

Fin.

 

Casting :

 

L'inspecteur C. : Peter Falk

Le commissaire : Peter Fonda

Monsieur B. : Ray Milland

Herr Z. : Jack Cassidy

D.D. : Robert Vaughn

 

Publié dans Polar

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