Paul et Mike. Mise au point.

Publié le par enragé

L'expulsion de Luis Suarez fait baver. Fait baver les supporteurs du Ghana, les spectateurs neutres - plutôt favorables au Ghana, les intellos du foot (il y en a quelques-uns). On reproche au joueur, à l'arbitre et à la sainte famille de respecter les règles. Après les ratiocinations sur l'arbitrage vidéo et les erreurs d'arbitrage, en un sens, ça fait du bien.
 
On reproche au joueur d'avoir tout fait pour ne pas perdre. Reproche recevable à condition d'être pour le Ghana. Reproche qui ferait passer un tackle par derrière les deux pieds décollés à quarante mètres des buts avec rupture du tendon d'achille pour une broutille.
 
On reproche à l'arbitre de ne pas accorder le but. Il y a faute dans la surface : pénalty. La faute annihile une action de but : carton rouge. Jusqu'ici, tout va bien. Oui mais...
 
"Oui mais, il aurait fallu accorder le but", avons-nous lu. Le ballon est-il entré ? Non. Est-on vraiment certain qu'il serait entré ? C'est probable. Certain ou probable ? L'honnêteté épistémologique nous force à dire avec le philosophe David Hume que c'est probable. La loi du talion, sur laquelle repose la justice occidentale, consiste à remplacer un crime par une sanction égale (et non supérieure : justice, non vengeance). C'est pourquoi la faute annihilant une action de but est logiquement compensée par un pénalty, action de but par excellence.
 
Nous avons lu que dans d'autres sports - tennis, boxe - une telle faute aurait été compensée par des points de pénalité. Attention : au football, il n'y a pas de points. Un but est un but. Au contraire du rugby, où on gagne des points selon la manière de marquer ; contrairement au tennis, où les points se combinent, où ils peuvent même ne pas être comptabilisés (on peut gagner un match en remportant moins d'échanges que l'adversaire). Un but de pénalité est au football une aberration, parce que le but dans ce sport a une signification concrète : le ballon a passé la ligne.
 
On entend parfois comparer le pénalty - et a fortiori les séances de tir-au-but - au jugement de Dieu. Si Gyan n'a pas marqué, si le Ghana n'a pas remporté le match, c'est juste que le ballon même sans Suarez ne serait pas entré dans le but. On peut toujours imaginer avec David Hume que le soleil un jour ne se lève pas. Bien plus que la beauté d'un sport, c'est la beauté même d'un monde, le sens de vivre.
 
 
Il y a polémique car il y avait du football.
 
Pays-Bas 2 - Brésil 1
(Bande-son : Wyclef Jean, "Diallo")
 
Uruguay 1 - Ghana 1
(Bande-son : Georges Brassens, "Stances à un cambrioleur")
 
Allemagne 4 - Argentine 0
(Bande-son : Manu Chao, "La vida tombola")

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