Pourquoi aiment-ils autant les touches ?

Publié le par enragé

Le premier match. La première passe, la première faute, le premier carton jaune, le deuxième carton jaune, le premier but refusé. C'est parti !

 

Un coup d'oeil suffit à s'en assurer : c'est bien un match de coupe du monde. Ce n'est pas le championnat de France ou d'Angleterre ou la Ligue des Champions, c'est tout à fait autre chose : du football cultivé autrement.

La coupe du monde, d'abord, il faut savoir l'écouter. Vous écoutez les commentaires et ne connaissez pas le nom des joueurs ? Vous êtes sur la bonne voie, mais allez plus loin, passez derrière, écoutez le stade. Le stade fait un drôle de bruit, comme si une mouche s'était empêtrée dans la perche d'un preneur de son. Le voilà, ce fameux vuvuzéla. Il bourdonne, c'est vrai, ce n'est pas spécialement joli, mais ça vaut les sifflets de France et de Navarre à chaque dribble de David Ginola. C'est nouveau, c'est drôle. Il parait qu'on peut règler son téléviseur de telle sorte que le bourdonnement couvre la voix du commentateur et de sa floppée de consultants. Pratique ! (dommage que les preneurs de son aussi fassent une pause à la mi-temps). Ces bruits, ces encouragements dans lesquels on voudrait être sûr de reconnaitre le nom des pays, là voilà, la compétition sportive internationale la plus suivie !

Il faut aussi regarder les tribunes d'où provient tout ce bruit : des couleurs qu'on voit rarement en Europe, le jaune en particulier. Un stade tout jaune, moucheté de sombre (le vert mexicain), de rouge (quelques Suisses égarés), de bleu ciel (supporteurs de l'arbitre, sans doute).

Et en bas de la tribune en fait, l'enceinte de sponsors, Visa, Mc Donalds, des caractères asiatiques, adidas, etc. On est déjà plus habitué.

 

Le monde entier se retrouve en Afrique du Sud, tous les footballs de la Terre. Et toutes les manières de fêter un but, plus ridicules les unes que les autres, sauts, danses, courses, etc. Et tous les tics aussi. Parmi ceux-ci, la feinte de sauvetage lorsque le ballon part en touche. 32ème minute de jeu, Pienaar centre et dans son élan tombe. Le ballon est contré par un défenseur, l'attaquant sudafricain se relève, le ballon lui revient facile à contrôler - son adversaire est à trois mètres - mais il le laisse filer en touche. Sur la touche, comme toujours, le ballon est récupéré par les Mexicains.

Pourquoi Pienaar a-t-il préféré la touche au débordement ou au centre ? Le temps que les Sudafricains jouent la touche, les défenseurs se sont replacés et ont retrouvé leur habituelle supériorité numérique. La chance de récupérer le ballon sur une touche à hauteur de la surface de réparation, et de le jouer dans de bonnes conditions pour se procurer une véritable occasion de but, est minime. Aucun intérêt sportif à préférer la touche.

Mais peut-être Pienaar aime-t-il jouer à la main. Un peu plus tôt dans le match il s'est précipité pour se saisir du ballon après un coup de sifflet de l'arbitre. Cette fois-ci, il a pris le ballon, l'a tâté, manipulé, essuyé, il a fait mine de le lever pour jouer la remise en jeu, puis l'a laissé tomber en direction de son camarade. Il ne voulait pas la jouer. Remarquons cependant que pendant dix secondes les amateurs de football du monde entier avaient les yeux rivés sur lui. Est-il possible que ce fût là ce qu'il recherchait ? Une pose pour la photo ? Et, pas bégueule, la passe au collègue qui a droit aussi à sa séance "regardez-moi, je suis en train de réfléchir à qui je vais transmettre la patate chaude et molle de ma remise en jeu".

Cette séquence de jeu est fréquente. Elle se déroule toujours selon le même protocole : on laisse passer, on récupère, on laisse le ballon à un coéquipier, on court en avant, on se retourne, etc. Le même roulement d'épaules, le même dégourdissement des jambes au moment de remettre le ballon en jeu. Un vrai tic. Un comportement qui est apparu un jour, pour une raison bien précise (l'arrière latéral préposé aux remises en jeu était un crack, meilleur pour les  touches que l'ailier pour les centres), qui s'est répété d'abord pour la même raison, ou pour une autre, puis sans raison, comme ça, par habitude : on laisse le ballon, mais on a oublié que Roberto n'est pas là, on perd le ballon, mais au moins on a soufflé un peu, on a montré son maillot, on a fait plaisir au ramasseur de balle. Les joueurs ont vu ce comportement se répéter des miliers de fois, si bien qu'ils n'imaginent même pas qu'on puisse sauver la touche. Même en fin de match, quand le temps presse, l'ailier préfère la touche : "Pour que mes coéquipiers montent." Ah oui ? Et que les adversaires se replacent ?

 

Au fait, il y avait un match.Plaisant. Lent à démarrer côté sudafricain, les Mexicains auraient pu en profiter. Ils se sont fait prendre en compte. Savoir revenir quand l'adversaire est fébrile, ça compte. Poteau à la dernière minute, ça compte aussi.

Afrique du Sud 1 - Mexique 1

Bande-son du match : Michel Polnaref, "La mouche."

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