Meurtre en V majeur. (Première partie)

Publié le par enragé

Dès le coup de sifflet sanctionnant la fin de la première période, monsieur B. se leva et quitta la tribune présidentielle. Il dit à sa secrétaire qu'il avait oublié son téléphone dans le cabinet où avait eu lieu une réunion quelques heures plus tôt. "Voulez-vous que je vous l'apporte ? - Laissez, mon petit, reposez-vous, je vous ai bien fatiguée depuis trois jours. Allons, profitez du buffet, pour une fois. - Oh... Eh bien... Un moment de honte est si vite passé. - Mais oui, c'est cela." Une fois débarrassé de l'importune, il parcourut le couloir qui longeait les loges jusqu'au cabinet. L'y attendait D.D., le responsable de la communication. "Vous avez passé la première période dans ce cabinet ? - Oui, monsieur B., comme vous me l'avez demandé. - C'est bien. Où est Z. ? - Il devrait arriver. Il n'est pas dans cette tribune, nous n'avons trouvé à le placer qu'avec la presse et... - La presse ? Vous êtes cinglé ? - Ne vous inquiétez pas, personne ne le connaît."

 

A ces mots, la porte s'ouvrit : un homme grand, bronzé, avec une fine moustache claire, fit son entrée. D'un sourire pincé, il prononça ces mots en anglais avec un fort accent allemand : "Monsieur P., Ché suis Herr Z. Ch'ai fait tout ce que ch'ai pu. Ça defrait marcher." Monsieur B. reprit en allemand : "Vous avez distribué vos instruments ? Combien ? - Hélas, pas beaucoup. Une dizaine. Mais sous prétexte d'une opération commerciale j'ai obtenu les coordonnées des spectateurs à qui je les ai donnés. - Vous avez bien fait. Portent-ils votre marque ? - Non, monsieur B., il n'en portent aucune, comme celles qu'on vendait jusqu'aujourd'hui. Mais le nouvel arrivage porte votre sceau officiel." Cette dernière phrase fut prononcée avec un hochement de tête obséquieux de fausse soumission.

Monsieur B. reprit en anglais, à l'attention de son directeur de communication : "D., préparez une conférence de presse pour demain matin, 11 heures. - Et précissez qu'on y fera une annonce importante," ajouta l'industriel allemand. "Je m'en occupe tout de suite." Lorsque D.D. fut sorti : "Herr Z., je suis heureux que nous nous soyons entendus. J'aurais aimé passer plus de temps avec vous, mais ça éveillerait les soupçons. Mon directeur de communication jouera pour vous les amphitryons à ma place. - Comme disent les Français : Trompettes de la Renommée, foussèteupienmalempouchées. Ha! Ha! Des Trompettes ! Ha! Ha!"

 

Messieurs B. et Z. regagnèrent leurs places pour le début de la seconde période. Ils assistèrent à la belle victoire des Allemands, assis à trente mètres l'un de l'autre, et s'en réjouissaient pour les mêmes raisons. Car même si Herr Z. ressentait en plus de la satisfaction économique une fierté toute patriotique, monsieur B. le savait et s'en félicitait.

 

(A suivre)

 

Allemagne 4 - Australie 0

Enfin des buts !

Bande-son : Les Négresses vertes, "Voilà l'été".

Publié dans Polar

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