Symptomatologie.

Publié le par enragé

Podologues, gynécologues, urologues, sociologues, psychologues, stomatologues, nous les connaissons tous. Mais connaissez-vous le symptomatologue ? A la recherche de la cause du pourquoi du comment, nous devions nécessairement faire appel à lui.

 

Il ne traite pas les maladies, il ne guérit ni ne soigne ses patients, il sonde leur malaise et tente de remonter leurs symptômes jusqu'à la source. Symptomatologue, celui qui s'occupe des symptômes, qui les écoute, les questionne, les analyse. Il prétend que tous les médecins du corps, de l'âme et de la société devraient d'abord être symptomatologues. Nous lui répondons qu'alors il n'aurait plus de travail. Il a levé vers nous ses beaux yeux bleus et d'un air triste dit : "Vous avez raison."

 

"Nous nous précipitons, quand le nez coule, sur nos mouchoirs, sans nous demander ce qui se passe vraiment en nous. Mon travail avec les patients consiste justement à retrouver dans le symptôme ce qu'il a de symptomatique. Nous aboutissons à des résultats régulièrement à l'opposé de ce à quoi on s'attendait." D'où parfois l'insatisfaction de certains patients après les séances et l'énervement d'autres face à ce profond regard et ces questions cruelles qui leur font sentir qu'ils ne souffrent jamais de la maladie qu'ils croyaient.

 

Quelle ne fut pas son étonnement lorsque nous lui posèrent notre question : "De quoi l'élimination de l'équipe de France de football est-elle le symptôme ?" Dans un sourire mi-moqueur il répondit : "Une défaite peut être le symptôme de beaucoup de choses. Ou bien l'équipe a mal joué. Ou bien l'adversaire était plus fort. Ou bien l'arbitre était corrompu. Mais peut-être que l'ambiance était mauvaise. Peut-être que tous ne désiraient pas gagner. Certains pensaient sans doute que tous seraient mieux en vacances. C'est toujours très difficile à dire."

 

Nous crûmes que ce serait son dernier mot, et nous voulions nous lever quand son visage se ferma : "Je ne crois pas que ce soit le symptôme d'un mal bien important. Me semble beaucoup plus symptomatique l'acharnement avec lequel on tourne le couteau dans la plaie et on frotte les chairs vives. La défaite en elle-même, contrairement à ce que j'ai pu lire, ne peut pas être le symptôme d'une mauvaise organisation sociale. Mais le fait qu'on veuille faire le rapprochement entre l'affaire Gourcuff-Ribéry ou les différents clans dans l'équipe et le problème de la mixité sociale est déjà le symptôme de quelque chose de plus grave. L'intérêt porté à outrance par les médias et les politiques, voilà qui est symptomatique de notre mal actuel. Que tous, public, médias, politiques, joueurs eux-mêmes, appellent au grand déballage dans un souci hypocrite de transparence, voilà qui mérite d'être analysé."

 

"Que certains prennent la parole en tant que secrétaire d'Etat ou philosophe ou ancien joueur ou amateur de football et  déversent des torrents d'immondices et de banalités, ce populisme de bas étage, voilà qui doit être questionné."

 

"C'est à vous, messieurs, d'essayer de réfléchir un petit peu et de nous sauver. Moi, je suis déjà trop vieux."

 

La séance était terminée. Il se leva, nous salua, et nous sortîmes. Il faisait beau. Nous allâmes nous promener dans l'attente du prochain match.

 

Car il y avait du football !

 

Allemagne 4 - Angleterre 1

(Bande-son : Rammstein, "Wollt ihr das Bett in Flammen sehen")

 

Argentine 3 - Mexique 1

Notons le beau retourné de veste de J-M Larqué sur le premier but. Alors que Messi courait comme un fou vers le poteau de corner, le Grand Inquisiteur nous assura qu'il n'y avait pas hors-jeu - il avait eu l'oeil. Cinque minutes et soixante-dix ralentis plus tard : "Je l'ai dit tout de suite que Tevez était hors-jeu." A moins que la signification de "tout de suite" ait changé depuis l'époque où Larqué chaussait les crampons...

(Bande-son : Luis Mariano, "Mexico")

Publié dans Entretien

Commenter cet article