La première fois, ça fait toujours mal.

Publié le par enragé

Au commencement était le début, sur cet axiome se fonde la majeure partie de nos raisonnements. Qui veut être pris au sérieux doit partir de là, de la queue pour remonter jusqu’à la tête. Il est acceptable de ne pas rester jusqu’à la fin d’un spectacle si ce dernier n’en vaut pas la peine, mais en rater le début, non, jamais ! On lit le début d’un livre, on jette parfois un œil à la fin, mais qui est déjà entré dans un roman par le milieu ?

 

Nous avons tellement entendu que nous étions des animaux historiques que nous avons fini par le croire. Cette manie des débuts et des fins n’est rien d’autre que la manie des récits ordonnés, des histoires qui étaient une fois et eurent beaucoup d’enfants. Organiser les événements pour qu’ils se laissent raconter aux générations futures, et qu’on se souvienne du bonheur qu’on a vécu. Le bonheur des premières fois qui se succèdent et font une vie : premier anniversaire, premier mot, première dent, premier jour d’école, premier baiser, première fille, première femme, premier enfant, premier divorce, etc. Et la mort, enfin, ni première ni dernière, le seul point unique de cette suite de premières fois. Quand les premières fois ont été nombreuses, la vie a été belle, on meurt heureux.

 

Premier emménagement, premier cinéma avec toi, première voiture, première maison, première promenade, première rencontre avec tes parents, première première, etc. Tout cela mis en ordre, ce sera nous. Et nous serons heureux.

 

Comment les gens heureux font-ils pour remarquer tant de premières fois ? Première fois que tu portes cette robe sous la pluie. Et caetera.

 

Brésil – Côte d’Ivoire. Didier Drogba est le premier buteur africain en coupe du monde contre le Brésil. Il entre dans l’Histoire du football. Christian Jean-Pierre l’a répété tout au long de la soirée : jamais un Africain n’avait marqué en coupe du monde contre les quintuples champions du monde. Comme s’il avait préparé son coup. Comme si ce dimanche 20 juin était entré dans l’Histoire par cette porte-là, en fanfare, solennellement, effaçant d’un sourire de buteur la honte sur laquelle le soleil s’est enfin couché.

 

Jeudi, le Mexique a pour la première fois battu un vice-champion du monde. Mais le vendredi 11, il n’avait pas su gagner pour la première fois un match d’ouverture. L’archéologie contemporaine frémit de ces grandes découvertes des premières fois, de ces non-événements qui nourrissent les bavardages d’avant et d’après-match. Trouver des premières fois régulièrement, et se dire qu’on en trouvera toujours, c’est penser que l’Histoire se fait mais que nous ne vieillissons pas encore. Il nous faut la sève éternelle qui surgit à chaque printemps dans les premiers boutons, les premières feuilles, les premières fleurs, les premiers fruits. Le premier ver.

 

Etait-ce la première grève d’entrainement ? Il doit falloir l’espérer, malgré l’amertume et le dégoût. Car alors devrait nous réconforter l’idée que nous vivons un moment historique, le début d'une fin, et que rien ne sera plus comme avant.

 

Mais si ce n’était pas la première fois alors on va l'effacer bientôt comme on jette un torchon à la poubelle, sans regret. Il nous reste toujours Drogba. Et la grande Histoire du Football continue.

 

Brésil 3 – Côte d’ivoire 1

(Bande-son du match : U2, « Sunday, bloody Sunday. »)

 

Slovaquie 0 – Paraguay 2 (Pas vu, pas pris)

Italie 1 – Nouvelle-Zélande 1 (Idem)

Publié dans Ambiance

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